Les carnets du Beau

15.03.2016

Chroniques du Nouveau Monde 0


Une semaine à Buenos Aires

De l'autre côté de l'Avenida Belgrano, le vent chaud retrousse le bleu des jacaranda, offrande fleurie au vieil ocre patiné du Couvent de San Domingo. Dans mon dos, les modernistes immeubles-tours des années 30, blanc crème, flèche tendue à la new-yorkaise, du City Hotel.  Plus loin, vers le sud et le quartier populaire de San Telmo, une maison-île prête sa façade étroite à une cascade étrange de cactus-pieuvre enroulant ses bras végétaux dans les entrelacs des balcons baroques en fer forgé. Des lieux à la Luis Borges, comme ce café Dorrego aux murs tabac, gravés de noms en pagaille, transformant sous mes yeux ces vénérables maçonneries en autant de devant d'autel en cuir de Cordoue poinçonnés. 

Ville-relique, pulsant de vies croisées, sans ce souci meurtrier des grands urbanismes unificateurs. Buenos Aires vit son passé, comme son futuriste skyline de Puerto Madero, dans un présent sans chichis parce que profondément respectueux du métissage qui fait sa force et son charme. Envoûtant. Sans doute les tangos de rue qui fleurissent chaque soir dans les quartiers n'y sont pas étrangers. Lenteur choisie, calculée, méditative, et soudain, la fougue tourbillonnante et les lèvres pincées, la rage martelante. Un après-midi, quelques véhicules vert sombre, aboyant leurs sirènes rauques, autour d'une Plaza tranquille ont remué les souvenirs des jours difficiles tout comme les grands graffitis rouges sur les grilles anti-émeutes prêtes à l'emploi près des cars de la police devant la Casa Rosada, palais présidentiel à l'italienne bouclant la Plaza de Mayo aux sinistres massacres à l'hélicoptère. 

Une semaine, cadeau malin de la Providence, qui retient à la Douane nos 4x4, choisies par l'Inspectorat des Stupéfiants. Et fixés nous sommes, d'hôtel patio en hôtel international, élaborant au jour le jour des itinéraires imprévus. Le Nouveau Monde, sachant qu'apprivoiser un continent nécessite du temps, a décidé de nous laisser une chance de le comprendre. 

Marie

Expédition Amérique du Sud avec Voyages et Culture
Le carnet de Marie Morand

 



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L' Aventure du beau

Des oeuvres et des sites choisis en vertu de leur exceptionnelle capacité créatrice à incarner notre histoire. Une approche lente, sensible et en profondeur afin d'en révéler le sens, comprendre mieux qui nous sommes, et, pourquoi pas, construire une expérience personnelle de la beauté. Des voyages d'art cousus main, en petits groupes d'une dizaine de personnes. Voyager le monde...autrement.